22.12.2006
Di Rosa : "Je suis un modeste globe-trotter de l'art"
L’artiste sétois vient d’exposer à la Galerie Louis Carré à Paris
Que ramenez-vous de vos quatorze étapes à l’étranger ?
L’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie produisent des images et des objets qui nous parviennent peu en Occident. J’ai eu envie d’aller à leur rencontre. Pour comprendre ces images et ces objets, quoi de mieux que de les fabriquer avec l’aide des artisans de ces pays. Mon travail est un mélange d’art populaire occidental - bandes dessinées, affiches - de culture occidentale - Matisse, Picasso, Dubuffet surtout - et de culture marginale. J’ai regroupé cela plus tard sous le terme "d’arts modestes".
Ces voyages m’ont appris à aborder la peinture d’une autre manière que dans mon atelier : la main d’autres artisans agit sur mon travail, avec des matériaux complètement nouveaux pour moi.
Ce qui m’intéresse, là-bas, c’est le moment où leurs pratiques traditionnelles rencontrent l’Occident, notre monde urbain et contemporain ; ainsi j’ai travaillé pendant deux ans avec six artisans zoulous.
Quelle est l’idée derrière ces voyages et cette expo ?
Avancer et ne pas rester focalisé sur son ego, sur son travail. Le voyage est un essai de compréhension du monde. J’essaie de photographier le monde comme il est, à travers ses images et ses objets et les techniques qui les fabriquent.
Miami est une de vos dernières étapes ?
J’y ai fait une série de sculptures en résine polyester, la matière du rêve américain. Mais aussi une série de paysages : c’était la première fois que je m’intéressais à l’architecture. Les endroits que j’y ai peints sont ceux où je passais tous les jours : des lieux qui paraissent communs et sans intérêt. Mais après y être passé une centaine de fois, j’ai voulu les glorifier. Aux Etats-Unis, ces œuvres n’ont pas été bien comprises : les gens n’ont perçu que le côté misérable. Alors que j’ai essayé d’y montrer une espèce de beauté intrinsèque.
Vos projets ?
Je m’installe "un peu" à Paris. J’ai envie de continuer les paysages, de Paris et de la banlieue nord ; mais aussi de Mexico où j’avais travaillé sur l’imagerie populaire, mais pas sur l’architecture.
Et à Sète ?
Mon vrai projet c’est le Musée des arts modestes qui a besoin de beaucoup de soutien : c’est difficile pour un tel projet atypique, un lieu de débats qu’il faut développer et soutenir. Actuellement, il y a l’exposition Bang Bang. Nous ferons une expo sur les joutes et, cet été, une autre sur les graffitis et l’art des rues dans le monde : une douzaine d’artistes vont intervenir in situ.
Vous avez des projets sur des bâtiments publics…
Je ne suis pas tellement d’accord sur les commandes publiques : ça flatte l’ego de l’artiste et de l’élu, mais est-ce bon pour la population ? Certes j’ai fait la salle des mariages à la mairie de Bobigny, mais avec la population, pas en imposant l’image Di Rosa. Ce doit être utile et fait en relation avec les gens qui vont l’utiliser. Dans le Sud, les élus ne vous ont pas approché… J’ai fait de grandes céramiques aux entrées de Sète et un mural au Corum. Mais les élus préfèrent des artistes parisiens, comme pour le tram. D’ailleurs, je ne me vois pas comme artiste régional. Né à Sète, je ne me considère pas marqué dans mon travail parce que je suis de Sète.
Quelle est votre philosophie esthétique ?
Les images - à la télé, sur les murs - déterminent beaucoup de choses dans le monde. Tout est devenu image : cela peut transformer les esprits et j’ai voulu me servir de ça pour comprendre les autres. Mes voyages sont d’abord un essai de compréhension de l’autre…
Qu’est devenue la "figuration libre"…?
Combas, Boiron, on n’a vraiment travaillé ensemble que dans les premières années, et puis, chacun a suivi sa voie.
Je ne suis qu’un modeste globe-trotter : quand je travaille avec ces gens de pays lointains pendant des mois, je commence à échanger et j’apprends. De retour en occident, j’essaye de transmettre.
Quel artiste vous a le plus influencé ?
Dubuffet, avec tout ce qu’il a développé sur l’art brut, est un pilier : avec sa facilité à voir large et à ne pas rester dans un style, dans son univers. Il nous a ouvert à l’art brut, à l’art des marginaux. J’ai produit mon propre écosystème, un peu marginal : j’arrive à produire des œuvres ailleurs, avec d’autres, sans rester forcément dans mon atelier. Beaucoup d’artistes ont du mal à entrevoir ce qui se passe en dehors de leur œuvre. Moi j’essaye de faire le contraire.
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Recueilli par Gérard ROUSSET
Hervé Di Rosa expose également à Montpellier à la galerie Hambursin-Boisante, 15 boulevard du Jeu de Paume.
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