12.01.2007
Mémoire : La Retirada, un exode en images à Poussan
Le personnage a de l’épaisseur et, somme toute, le physique de l’emploi. Arrivé en France en 1948, enseignant aujourd’hui retraité, José Delgado a pris son bâton de pèlerin pour revenir sur les lieux d’un drame : la Guerre d’Espagne. Un conflit aux conséquences encore sensibles sur le bassin de Thau et dans l’Hérault où les communes jumelées avec des villages espagnols sont légion, qu’il s’agisse de Caudete (Marseillan), Las coves de Vinroma (Pinet), Lorca (Mauguio)… Et pour cause : suite à la défaite de l’armée de la République en 1939, des villages entiers ont gagné la France, liant définitivement ce conflit extérieur à l’histoire du Midi.
Le sujet est donc vaste. Mais dans sa démarche d’historien, José Delgado s’attache à être précis. Aussi l’exposition - doublée d’une conférence - qu’il propose cette semaine à Poussan a-t-elle été centrée sur un épisode précis de cette guerre civile : la Retirada. Une "retraite" « dont le point de départ est la défaite des Républicains sur l’Ebre et le départ des brigades internationales, fin 1938 ». Dès lors, en un peu plus d’un mois, entre janvier et février 1939, plus de 500 000 Espagnols franchiront la frontière. « Au début, le gouvernement français laissa passer les femmes, enfants, vieillards et blessés, puis des régiments entiers, dont les hommes étaient fouillés comme des voleurs de poules… »
Des soldats pour la plupart sous-équipés « qui s’étaient battus avec de vieux canons, de vieux fusils » du fait des tergiversations des pays voisins. « Je suis même tombé sur le témoignage d’un cheminot qui a certifié avoir vu un train chargé de mitrailleuses et de canons, destiné à l’armée républicaine, rester bloqué en gare de Sète… », confie José Delgado. Une anecdote parmi d’autres, puisée dans des documents écrits parfois inédits et « dix témoignages vivants » de cet exode.
Que devait-il advenir de ce demi-million d’hommes, de femmes, d’enfants ? « Certains purent sortir des camps - Agde, Argelès… – pour peu que de la famille installée en France, ou des amis, viennent les y chercher. D’autres, 150 000 environ, retournèrent en Espagne où le gouvernement franquiste avait promis d’épargner ceux qui n’avaient pas commis de crime de sang. On sait ce qu’il en est advenu… » D’autres, encore, aidés par des "mécènes" de l’exil, tel Pablo Neruda, quittèrent l’Europe pour l’Amérique : « J’ai par exemple appris que le premier paquebot qui avait quitté la France avec des réfugiés espagnols était parti de Sète vers le port mexicain de Veracruz. Ils étaient 1 600 à son bord… »
D’autres enfin, crurent qu’il était possible de reprendre le combat. « Léon Blum avait lui-même pensé faire de la Catalogne la base arrière d’une reconquête républicaine, mais ne fut pas suivi », explique José Delgado. Ils repartirent tels autant de Don Quichotte dans le Val d’Aran, où leur "contre attaque" devait toutefois faire long feu.
Jusqu’à mardi, à Poussan, c’est un peu de ce drame, nourri d’une foule d’histoires personnelles, qui sera conté avec, à l’appui, 80 photos d’archives. José Delgado interviendra, lui, demain à 19 h, histoire d’en finir, aussi, avec « un problème de mémoire ». Un espoir ? « Petit à petit, en Espagne, les statues équestres de Franco disparaissent. Quand elles sont vandalisées, elles ne sont pas remplacées. Et des recherches ADN sont faites sur les restes des fusillés. Peut-être le signe d’un changement… »
Patrice CASTAN
L'exposition est visible jusqu'à mardi inclus, à la MJC de Poussan, 1 rue des Horts. Contacts au 04 67 78 21 26.
12:09 Publié dans Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Les commentaires sont fermés.