30.01.2007
Solidarité : L'idéal : que le Sus n'ait plus de raison d'être"
Bernard Fabreguettes, président de Solidarité urgence sétoise
Pourquoi avoir créé, il y a 20 ans, Solidarité urgence sétoise ?
A l’époque, les personnes en grande difficulté s’adressaient au commissariat. Lequel envoyait les hommes chez le père Leroux, à l’Ile de Thau, et les femmes chez Les petites sœurs des pauvres. Comme j’avais une petite expérience d’élu, le père Leroux m’a tanné afin que je fasse quelque chose.
Comment avez-vous démarré ?
L’assemblée générale constitutive a eu lieu le 22 décembre 1986, dans une salle de l’église de Thau. Nous avons été rejoints par le CSP (Centre social protestant) de Montpellier qui avait l’expérience de ce type d’action. Ils ont joué les grands frères durant deux à trois ans. Ensuite, chacun a pris son indépendance.
Le premier hébergement s’est effectué le 4 février suivant dans les locaux du temple protestant, rue Maurice-Clavel. Nous étions une douzaine. Les personnes en difficulté se présentaient à la grille du temple. Le bénévole de service venait leur ouvrir, leur expliquait comment fonctionnaient les choses et les laissait se débrouiller.
Vingt ans ont passé. Comment a évolué la précarité ?
Je ne peux pas dire que la précarité a fondamentalement changé. En consultant les archives, j’ai vu que nous avions accueilli 29 personnes la première année. En 2006 650 personnes ont transité par nos structures. Notre objectif initial n’était pas de s’occuper des SDF mais de mettre un toit sur la tête des gens.
Qu’est ce qui a changé dans le traitement de la précarité ?
Quelque chose a bouleversé le système : le RMI (Revenu minimum d’insertion). Mais il faudrait insister plus sur l’insertion. Il faudrait que les CLI (Commissions locales d’insertion) soient plus proches des gens pour intervenir plus efficacement. Du côté des pouvoirs publics, il y a eu prise de conscience. Mais il y a toujours une lutte d’influence pour faire avancer les choses. Les Don Quichotte en sont un exemple. Il n’y a fondamentalement rien de nouveau mais leur action a permis de réveiller un problème. Et de remettre les choses en route.
Ce qui est navrant, c’est cette obligation de faire des actions afin d’être entendus.
Recevez-vous des nouvelles de personnes qui se sont réinsérées après un passage par le Sus ?
J’en revois quelques-unes parfois. Aucune n’est devenue Crésus. En revanche, j’ai toujours bataillé pour éviter d’entrer dans une logique de suivi qui peut devenir démobilisante sur le long terme. Parfois, il y a également des clins d’œil sympathiques. Comme ce SDF contrôlé par la police qui leur demande de nous appeler afin que nous puissions attester de sa bonne foi.
Comment voyez-vous l’évolution de la précarité ?
Selon moi, la société est en train de fabriquer un virus : celui de la solitude. Les gens s’isolent de plus en plus. Avec la voiture, la télévision, Internet, beaucoup de personnes sont seules. S’ajoute la "décohabitation".
Je crains que dans dix ou quinze ans, les personnes seules soient de plus en plus nombreuses. La canicule de 2003 a montré l’ampleur du phénomène. Il faut redécouvrir la convivialité. Par exemple à travers l’urbanisme et la construction de collectifs avec des foyers résidentiels.
Après vingt ans de présidence du Sus, vous arrive-t-il de céder au découragement ?
Parfois c’est dur. Vous prenez quelqu’un dans une situation difficile. Vous le requinquez. Vous le remettez dans un appartement. Mais il est seul devant sa télé. Souvent, il rechute dans l’alcool. C’est un peu un sentiment d’échec.
Il faut aussi voir que notre action a permis à quelqu’un de faire un bout de chemin dans de meilleures conditions. Il faut aussi savoir rester humble.
Votre objectif à court terme ?
Une maison relais qui serait une réponse à la solitude. Une structure de 20 à 30 logements où nous pourrions faire de l’hébergement sur la durée. Le préfet a garanti que l’argent était dans les tiroirs. Il ne manque plus qu’à trouver le foncier. Nous faisons le forcing auprès de la mairie de Sète afin de trouver ce foncier et monter une collaboration avec l’OPHLM.
Que retenez-vous de ces 20 ans de présidence ?
Un travail collégial et très ouvert en partenariat avec les autres associations locales.
Vos souhaits pour les 20 ans à venir ?
Que quelqu’un vienne prendre le relais. Vingt ans de présidence, c’est beaucoup. Mais, l’idéal serait que le Sus n’ait plus de raison d’être.
Recueilli par François CHARCELLAY
Le 1er février, le Sus célèbre ses 20 ans salle Georges-Brassens.
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