06.04.2007
Nature : Ces algues invasives, l'autre peuple de l'étang
Importées accidentellement, une cinquantaine d’espèces asiatiques ont élu domicile dans la lagune
C’est un scientifique qui décrispe. Thomas Belsher, directeur de recherches à l’Ifremer, à Sète, 64 ans, est l’un des plus grands spécialistes mondiaux des algues sous-marines.
Les algues sont à l’origine de la vie et, accessoirement, de sa carrière. Ces plantes l’ont nourri. Dans tous les sens du terme. C’est tout naturellement que Thomas Belsher a été, entre mille choses, l’un des pionniers en matière de lutte contre l’algue tueuse, la caulerpa taxifolia - qui n’a pas colonisé la côte sétoise - et qu’il a ausculté l’écosystème unique de l’étang de Thau. Au travers du Programme national de l’écologie côtière, géré par l’université de Montpellier. La rigueur est compatible avec l’humour : l’atelier s’appellera "ET" (Espèces introduites) car ce programme s’articule aussi avec un autre, à vocation européenne, initié par un scientifique marseillais baptisé "Aliens"… Une fois leurs efforts unis pendant 18 mois, un constat a été dressé en 2006 conforme aux hypothèses de départ et qui sera bientôt publié dans une revue scientifique de renommée mondiale : plus de 50 algues exotiques ont été importées depuis les années 70 dans la lagune, dont l’envahissante et pionnière sargasse.
« On sait maintenant qu’elles sont toutes d’origine asiatique, principalement du Japon. Et qu’elles ont été importées en même temps que les huîtres japonaises qui ont permis, après les malaïgues de réensemencer l’étang. » Et qu’elles ne sont pas arrivées accrochées sur des coques de bateau : un chercheur associé, Frédéric Mineur, un Belge de l’université de Belfast, a gratté 30 coques pour le prouver.
Ces algues peuvent-elles se retrouver dans d’autres secteurs conchylicoles ? « Oui, sans réserves : nous avons simulé les conditions de transports des professionnels ; nous avons "cultivé" ces huîtres en aquariums et nous avons découvert qu’une dizaine de ces nouvelles espèces d’algues y avait été importée. » Ces algues, qui n’existent nulle part ailleurs en Europe, sont-elles viables ailleurs que dans l’étang ? Question insondable.
« L’étang de Thau accueille une extraordinaire biodiversité. C’est un vrai jardin botanique lié à plein de choses, comme la présence importante de nutriments. Tout vit dans un équilibre incroyable. » Idem pour les 50 algues exotiques dont aucune n’a - encore - explosé. « On ne sait pas comment cet équilibre-là est aussi possible, mais c’est comme ça. Pourvu que ça dure pour tout le monde. » Au terme de cette véritable « enquête policière » sur l’acclimatation de végétaux marins, les scientifiques sont allés sonder le bassin d’Arcachon. Le résultat est sans appel : une dizaine d’espèces se sont - déjà – retrouvées dans ce bassin ostréicole. Et le scientifique d’alerter : « Notre mission, c’est de faire un diagnostic. On a des preuves multiples de déséquilibres. » Et de citer les îles Kerguelen où l’introduction de bovidés a empiété sur la nidification des Albatros, par exemple. « De façon générale, une espèce qui réussit en milieu étranger en détruit d’autres. Avec nos petites connaissances sur les écosystèmes, on n’est pas capable de prévoir. Il y a des tas d’espèces qui disparaissent du fait de l’action de l’homme de la forêt amazonienne sans avoir été identifiées. Quant à l’étang de Thau, pourquoi y a-t-il des eaux rouges, blanches, parfois du plancton toxique… ?»
Olivier SCHLAMA
11:53 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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