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20.05.2008

Pêche : "Cette semaine, on s'est tous levés pour rien"

Gaétan Liguori est le patron du Teresina. Il évoque son quotidien


Gaétan Liguori, 44 ans, a investi plus d’un million et demi d’euros sur son bateau, le Teresina. Une construction "acier" qui avait bénéficié des dernières aides débloquées dans le cadre du plan de modernisation de la flotte, en 2005, et représentant 40 % du coût du navire. Avant, il travaillait sur L’Univers, « un vieux chalutier en bois âgé de 60 ans qui était basé à Agde ».


Sur le Teresina, chalutier à vocation pélagique (la pêche au poisson bleu), embarquent tous les jours six matelots. « Pour un boulot harassant... C’est bien simple, on se lève tous les jours à 2 h du matin. Le bateau doit sortir du port vers 3 h pour être sur zone, dans les bancs de poisson, dès l’aube. » Là, le chalutier opère des "traits" de chalut de trois quarts d’heure à une heure, « histoire que le poisson ne s’écrase pas dans les filets ». Une fois ramené à bord, "le produit" est trié, glacé, conditionné, «jusqu’à ce que les cales soient pleines, quand on peut les remplir».


Comme nombre de chalutiers sétois, le Teresina se rend généralement en limite du plateau continental, à environ 40 milles de Sète, « quatre heures de route ». Et sort par tous les temps, rentabilité oblige, « même si, quand ça tape fort, nous allons moins loin ». Quand, à 2 h 30 du matin, Gaétan Liguori démarre le moteur de son chalutier, il n’est sûr que d’une chose : les frais fixes « 2 000 € par jour, et t’es pas sûr de pêcher, ni de vendre, d’ailleurs ». Une bonne journée de pêche ? « C’est sortir de l’eau de 3 000 € à 4 000 €, pour être au Smic. Et quand vous voyez qu’en ce moment, l’anchois nous est acheté 30 centimes le kilo, il en faudrait dix tonnes pour être rentables ! » Pour payer son bateau, ce patron s’est endetté sur 15 ans. Remboursement mensuel ? « 7 000 € par mois. » Quant aux bénéfices, quand bénéfices il y a, ils sont répartis ainsi : 55 % pour l’armement (le bateau), 45 % pour l’équipage et le patron. Ce dernier reçoit une part et demie des recettes, comme le mécanicien, les matelots une part.


« Tiens, cette semaine, ils se sont levés tous les jours à 2 h du matin pour rien. Ils n’ont rien gagné du tout », se désole-t-il. Suite à cette sale semaine, l’armement a donc pris du retard, côté recettes. Et Gaétan Liguori va devoir grever sa trésorerie pour le prochain plein de gas-oil, ou plutôt la moitié d’un plein… 15 000 €. « Vous comprenez, avant, c’était de "petits sous", aujourd’hui, de telles sommes, c’est du très lourd… »


Pour autant, le Sétois ne regrette pas le temps où il travaillait sur L’Univers, qui croupit aujourd’hui sur berceau au bout du môle Saint- Louis : « C’était trop dangereux. » Alors il attend aujourd’hui un geste du gouvernement - « il paraît qu’il y a l’argent, alors, qu’ils le donnent » - toutefois conscient que la filière pêche a peut- être ses incohérences. « Mais que voulez-vous, ce n’est pas en travaillant quinze heures par jour que l’on peut se poser des questions sur ce qui se passe à terre », confie-t-il, dépité. Lui qui a "commencé la pêche" à l’âge de 18 ans, en famille, ne se voit pas faire autre chose. Et confie que si d’aventure, un moteur hybride, plus économique, sortait, il irait «l’acheter en courant».


L’énergie du désespoir, en somme pour ces patrons qui, loin de l’aura de prospérité qui a longtemps collé à leur peau, sont respectés de leur équipage pour leur courage. Comme de ce matelot, qui glisse : « Les "patrons" ? Ils ont supporté les investissements, sont soumis aux aléas de la casse, du choix des zones de pêche. Et s’ils les choisissent mal, c’est tout leur équipage qui n’aura rien à se mettre sous la dent. Alors vraiment, chapeau, ils ont vraiment des c…….»


Patrice CASTAN

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